mercredi 20 août 2008

Espoirs qui partent en fumée (de joint ?)

Un article paru dans "Le Monde" du Mercredi 20 Août et visible sur le site (voir le lien ci-dessous) explique les effets secondaires plus que délétères d'un médicament pourtant porteur d'espoir, l'Acomplia. Censé lutter contre l'obésité, l'Acomplia entraîne des complications psychologiques notamment des dépressions. Tout ça, la faute aux récepteurs cannabinoïdes ! Attention, précisons tout de suite. Il ne s'agit pas de récepteurs au cannabis : Dame Nature n'est pas si généreuse en temps. Pour rien au monde elle ne dépenserait la moindre énergie à concocter une molécule capable de reconnaître le cannabis pour notre bon plaisir !
Les scientifiques ont donc, après découverte de ces récepteurs, émis l'hypothèe qu'il existait des susbtances analogues au cannabis secrétées naturellement dans l'organisme humain (cette espèce n'est pas la seule concernée, mais ne bousculons pas la vision anthropocentrique de notre bonne vieille terre). Par opposition aux cannabinoïdes exogènes (que les consommateurs de space cake et autres grosses cigarettes connaissent bien), ces substances ont été baptisées endocannabinoïdes. Et petit à petit, la communauté scientifique, en particulier les biologistes ont découvert les nombreuses fonctions de ces récepteurs :

1) Dans l'atténuation de la douleur, de quoi aider les personnes en fin de vie ou celles résistant par exemple à la morphine. Et un avantage sur l'opiacée : le cannabis n'a pas de dose létale et n'induit pas de mortalité aigüe.
2) Des effets antiépileptiques.
3) Dans la stimulation de la faim. C'est connu : qui fume un joint mange bien. Comme le biologiste (mot large qui comprend les physiologistes, les biochimistes et autres specimens du genre) a les pieds sur terre, il a pensé aux nombreuses applications dans le domaine médical. Redonner l'envie de manger aux anorexiques en utilisant des composés appartenant à la même famille des cannabinoïdes ou au contraire réduire l'appétit des personnes en surpoids en bloquant leurs récepteurs. D'où l'Acomplia, qui, en se fichant dans les récepteurs aux endocannabinoïdes, les empêche d'agir et donc de déclencher la sensation de faim. Mais le problème est que
4) les endocannabinoïdes jouent également un rôle dans le système nerveux central et dans les fonctions cognitives (comme un neurotransmetteur, enfin presque; les endocannabinoïdes en ont certaines propriétés). Et donc agissent sur l'"humeur". Imaginez donc le bordel là-haut quand on bloque les récepteurs ! D'où problèmes de dépression, quand il ne s'agit pas de troubles psychiatriques plus sévères.
Et pour que l'on ne puisse pas me reprocher de ne pas insister sur les inconvénients de telles substances illicites, je me permets d'ajouter que 5) la surdose des (endo)cannabinoïdes entraînent des pertes de mémoire notamment à court terme, des difficultés d'apprentissage et de concentration (essayez donc de lire du Nietzsche complètement stone...Quoique même clair, on pige que dalle)

En découvrant les endocannabinoïdes et leurs récepteurs, le petit monde scientifique y a vu des dizaines d'applications puisqu'ils étaient impliqués dans plusieurs fonctions de l'organisme humain. Mais le souci réside aussi dans cette multifonctionnalité.
Il n'y a aucune raison pour que l'Acomplia ne bloque que les récepteurs impliqués dans la faim et non ceux jouant un rôle dans les capacités cognitives. Le ciblage aussi précis n'est pour le moment, malheureusement, envisageable.
Il faudra encore du temps, du travail et de l'humilité...



http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/08/19/acomplia-prescription-sous-haut-controle_1085453_0.html

Aucun commentaire: